Communiqué de presse – 17 février 2018

On a l’impression aujourd’hui de ne pouvoir être que pour ou contre Tariq Ramadan. Rares sont les positions objectives et neutres. Chaque ligne écrite en sa faveur sera attaquée par ses détracteurs, chaque ligne contre lui par ses admirateurs, entre deux… quasi personne. Le débat posé, si débat il doit y avoir, ne semble plus possible. Soyons très clair : nous ne défendons pas Tariq Ramadan, pour la simple raison que nous ne savons pas. Comme toute personne gardant son honnêteté intellectuelle et n’ayant pas assisté aux événements reprochés ne peut savoir. Pourtant la presse est pleine de jugements anticipés contre Tariq Ramadan, pleine de juges autoproclamés. L’affaire dépasse largement son fond juridique, l’accusation de viol.
L’acharnement mis en œuvre par ses détracteurs indique surtout une intention bien évidente : c’est l’occasion à ne pas rater, il faut faire tomber Tariq Ramadan. Les présumées victimes sont devenues secondaires. L’affaire, dès son début, a pris une tournure politique. Ce sont surtout ceux qui accusent Tariq Ramadan de mener un projet islamique subversif qui violent eux-mêmes un principe fondamental de l’état de droit : la présomption d’innocence. Pourtant, à l’état actuel, il n’y a qu’une chose à défendre ; être juste envers les victimes présumées, dans l’hypothèse qu’elles aient raison, être juste envers Tariq Ramadan, dans l’hypothèse qu’il ait raison.

Nous ne pouvons que rappeler ici les positions claires et nettes que nous attachons à la parole et à l’écrit de Tariq Ramadan depuis des décennies et qui ont influencé probablement des millions de jeunes musulmans en Europe : l’attachement infaillible aux lois civiles, la promotion de la paix interreligieuse et le respect d’autrui, quelque soit sa croyance ou son mode de vie. Abattre Tariq Ramadan veut aussi dire abattre un porte-parole et un multiplicateur important de ces valeurs.

Mais pourquoi alors communiquer sur une affaire juridique dont nous ne connaissons les vérités ? C’est parce qu’elle agite une large partie de notre communauté et que justement elle contient une forte dimension sociétale. Formellement parlant, Tariq Ramadan ne représente pas la communauté musulmane. Il ne préside aucune fédération, n’a aucun rôle institutionnel au sein de structures islamiques. Il est un intellectuel indépendant. Par contre Tariq Ramadan est un symbole, et c’est bien cela son problème actuellement. Les tensions sociales autour des questions concernant l’islam en Europe se cristallisent en sa personne. Ses adeptes le voient comme une référence spirituelle, ses détracteurs comme la racine d’un mouvement islamiste en Europe.
La justice est censée être aveugle concernant les dossiers qu’elle traite, cependant, elle ne peut s’extraire du « Zeitgeist » (en Suisse les juges sont désignés selon leur adhésion politique), et le vent ne va certainement pas dans le sens de Tariq Ramadan aujourd’hui.

Des questions factuelles font aujourd’hui croire à une large partie de notre communauté que sur le plan de la justice procédurale Tariq Ramadan serait une victime du « Zeitgeist », une injustice qui pourrait donc les frapper aussi. Pourquoi des pièces à décharge de Tariq Ramadan disparaissent puis réapparaissent trop tard pour être prises en compte afin d’éviter une éventuelle incarcération ? Pourquoi sa détention est maintenue malgré sa maladie grave sans traitement possible en prison et les nombreuses garanties : assignation à domicile, la remise de son passeport, le versement d’une caution de 50’000 Euros et la présentation quotidienne au poste de police et ceci en dépit de l’article 144 du code de procédure pénal français qui prévoit que l’embastillement d’une personne ne peut avoir lieu qu’en dernier recours et si aucune autre mesure ne peut être appliquée ?

Un procès perçu comme inéquitable, comme c’est le cas pour beaucoup de musulmans actuellement, ne fera qu’augmenter le sentiment de victimisation, qui à son tour risque d’augmenter la fracture sociale. Dans un contexte de fortes tensions interreligieuses, l’affaire Tariq Ramadan comporte un important risque d’escalade du conflit. Nous avons toutes et tous la responsabilité d’éviter ceci.

La vérité doit être établie, justice doit être faite. Si Tariq Ramadan est coupable, il doit être jugé et notre communauté en tirera les conséquences. S’il est innocent il doit être réhabilité. Pourtant, dans le deuxième cas, il nous semble peu probable que ses détracteurs sous forme de juges médiatiques auront le moindre regret quant à leurs fausses accusations et leur influence négative sur une procédure juridique qui pourtant se doit d’être équitable et sans préjugés…

Pour plus d’informations

Pascal Gemperli :  pascal.gemperli@gmail.com   –    078 892 85 82

 

 

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